La Lettre du Cercle des Passeurs, par Frederika Van Ingen
« Qualifier le monde de « don », c’est sentir son appartenance au réseau de réciprocité. Cela vous rend heureux et responsable. »
R. Wall Kimmerer, L’arbre aux oiseaux
NOS PROCHAINS RENDEZ-VOUS À NE PAS MANQUER :
Plus d’infos en bas de cette lettre
Et pour les anciens participants aux stages et adhérents au Cercle des Passeurs : le prochain Cercle de la Tribu « Tous indigènes ! » en ligne aura lieu le jeudi 11 juin à 19h.
Être indigène signifie venir d’un lieu, d’un territoire. Pour les peuples indigènes, c’est beaucoup plus : c’est s’en souvenir, avoir conscience que nous faisons partie de la Terre qui nous accueille, nous soigne, nous soutient, nous nourrit. Or, ressentir en soi, dans son corps, dans son cœur cette appartenance est une question d’équilibre : physique, psychique, écosystémique, spirituel. En réveillant cela, nous pouvons rejoindre le point de vue vaste et symbiotique sur la vie que cultivent ces peuples.
Serions-nous des indigènes qui s’ignorent ? Lorsque nous sommes admiratifs, voire désireux, des sagesses et de la connexion que vivent et se transmettent encore certains de ces peuples, ne serait-ce pas cette même fibre indigène en nous qui tressaille ? Cette corde sensible au plus profond de nous-mêmes qui rêve de pouvoir jouer de nouveau sa mélodie singulière d’être humain symbiotique, comme nous le fûmes il y a longtemps, comme ils le sont encore ?
Plutôt chaos ou harmonie ?
Dans un monde fait de « couac », où partout, le chaos prend ouvertement le pas sur la préservation des équilibres, plus que jamais, nous avons besoin de réveiller cette corde. Ce n’est pas un luxe, mais un besoin profondément humain. C’est l’une des sagesses essentielles que les philosophies racines ont su préserver jusqu’à nous : rechercher l’harmonie.
Il ne s’agit pas de « revenir en arrière », mais de se remettre en lien, d’écouter, de retrouver le rythme, la symphonie, de savoir danser avec le mouvement du vivant. Évidemment, la vie résultant de la tension des contraires, chaos et harmonie sont les deux faces d’un équilibre fragile et mouvant. Équilibre qui est le cœur-même de ces philosophies et des sociétés racines qui les incarnent encore. Et la question très actuelle qui se pose à chacun d’entre nous et à nos cultures modernes, est : quelle voie choisissons-nous d’alimenter ?
Les sagesses des peuples racines soutiennent l’harmonie, car elle garantit de le renouvellement de la vie. À travers ce choix, en plus de prendre soin du monde qui les entoure, elles nourrissent un sentiment de confiance dans l’intelligence du vivant, dans ce grand mystère qui nous traverse et nous anime, une forme de sécurité intérieure qui donne la force d’affronter les crises. Elles nous montrent aussi l’importance des trois besoins fondamentaux de l’être humain qui garantissent son équilibre : le besoin de sens, d’appartenance, et de sécurité. Les séparer, ou faire passer l’un avant l’autre, c’est comme séparer les cordes de l’instrument et l’instrument de sa musique.
Ces besoins doivent être nourris et équilibrés, dans nos intériorités et entre nous, pour que l’harmonie puisse être manifestée dans toutes les relations. Car, ainsi que nous le rappellent notamment les Kogis quand ils expliquent que l’invisible du monde précède le visible, c’est dans nos intériorités que la réalité prend sa source.
Une Terre qui rassemble ou une Terre qui divise ?
Dès lors, la question que cela pose à nos sociétés focalisées sur le visible, c’est : comment réapprendre à penser le monde depuis cette part indigène que nous sommes ? Par exemple, lorsque nous pensons la Terre comme notre propriété, ou comme une simple matière première, elle devient un objet, une chose. Cela ouvre la porte à un usage qui n’intègre pas l’idée de préservation ou de capacité de renouvellement pour les générations futures. Et même si nous l’envisageons, ainsi que cela commence à se penser aujourd’hui, comme un commun, elle reste à notre usage. La pensée racine va lus loin, et nous devons aller plus loin : nous sommes les obligés de la Terre !
Nous sommes l’espèce dont la capacité singulière est d’en prendre soin, de préserver ses équilibres. Mais nous utilisons cette capacité dans le but d’accroître toujours plus un confort personnel visant à atteindre une sécurité illusoire, qui à l’arrivée nous replie sur nous-mêmes, nous enferme et nous divise. Lorsque cette capacité est mise au service de la Terre, elle sait rassembler les humains dans son intérêt supérieur, tout en nourrissant leurs besoin fondamentaux.
Progrès triomphant ou puissance du vivant ?
Nos technologies, nos outils, nos modèles de pensée, tous les intermédiaires que nous avons mis entre nous et la Terre nous ont déviés de notre fonction première. Ils nous ont donné l’illusion que nous n’en dépendons plus. Que notre intelligence « supérieure » serait capable de tout résoudre.

Cela a nourri l’idéologie dévastatrice de la « société du progrès », née au XVIIIè siècle et toujours à l’œuvre dans notre inconscient social : elle présume que tout ce qui la précède n’est que vestige d’une humanité archaïque, que le progrès matériel triomphera de tout. Et aussi que nos individualités n’ont pour but que de nourrir ce progrès. Elle fait l’impasse sur l’intériorité, et sur le don que nous sommes appelés à déployer…
Dans la vision des philosophies racines, notre intelligence humaine est au contraire vouée à se laisser enseigner par la Terre, qui nous montre les lois du vivant, les voies du vivant, celles qui habitent nos corps, nos cœurs, et même nos esprits qui, s’ils l’écoutent, peuvent alors orienter leur action dans le sens du renouvellement de la vie.
Redevenir symbiotiques
Cela suppose un sursaut d’humilité, que les peuples racines savent encore incarner : ils se souviennent que la Terre n’est pas un commun, et que nous sommes ses obligés. Nos territoires ne sont pas nos propriétés. Ils sont nos enseignants, et nous indiquent qui nous sommes, et comment prendre soin d’eux. Et ils ont besoin, pour cela, d’êtres humains symbiotiques.
À cause de la peur qui a envahi nos cœurs par la déconnexion, accumulée de génération en génération, nous tentons de contrôler le flux de la vie, le futur. Nous agissons depuis cette peur que nous gardons chevillée au corps, croyant qu’elle nous protège. Au lieu d’observer les signes du vivant, d’écouter ce qu’ils nous indiquent, individuellement et collectivement, pour redresser la barre de l’équilibre, revoir nos priorités, se connaître, relativiser nos urgences, nos inconforts, qui ne sont que les symptômes de nos peurs profondes, ancestrales, de manquer, d’être exclu, et n’attendent que d’être visitées, choyées, soignées…
Rien de ce qui nous arrive, aujourd’hui comme hier, n’est « contre nous », au contraire : ce sont des informations précieuses pour nous reconnecter, en nous, et avec la nature, à cette part indigène qui nous appelle.
Cessons notre lutte intérieure contre le vivant. Cessons d’oublier que nos petites intelligences humaines font partie de la grande intelligence qui anime la Terre, que rien ne nous sépare. Cessons d’oublier que se croire séparés cultive des egos qui s’affrontent, créant toujours un peu plus de chaos, quand se savoir faire partie éveille l’être symbiotique que nous sommes, et avec lui son don, et nous permet de grandir ensemble au service de la Terre.
Cela suppose un travail intérieur, dans lequel la Terre où s’expriment les lois du vivant, devient initiatrice, enseignante, où les humains peuvent œuvrer ensemble, à devenir ses obligés, et à retrouver du sens. Cela s’apprend, s’accompagne, et nous avons du chemin à faire pour retrouver cet espace vibrant en nous capables d’écouter la mélodie du vivant qui, au-delà des apparences, nous anime aussi ; capables d’accueillir ses variations inattendues, de danser avec les contraires. Autrement dit, de réinvestir notre nature-même d’êtres humains.
En ce printemps qui jaillit, ouvrons nos sens, nos cœurs, nos esprits, au chant qui en émane. Souvenons-nous qu’au-delà des « couacs » du monde, il joue sa mélodie, pour nous guider sur la voie du vivant. Et qu’ensemble, nous pouvons réapprendre à ouvrir en nous-mêmes les sentiers qui y mènent, que nos cultures ont oubliés.

Avec Corto Fajal, nous aborderons son expérience auprès des Samis et à Tikopia à travers la réalisation de ses films « Jon face aux vents » et « Nous Tikopia ». Il nous racontera comment cela fait écho avec son exploration actuelle à travers une thèse de géographie sur les relations aux territoires que développent ici, chez nous, notamment des néo-ruraux, permaculteurs, habitants de tiers-lieux, etc. avec lesquels il travaille.
Infos et inscription en cliquant ici
Pâris et CanCan vivent régulièrement des immersions en nature avec leurs deux enfants et avec des groupes dans des régions sauvages un peu partout sur la planète. À travers leur relation profonde au vivant, ils partagent et approfondissent leurs connaissances dans un esprit de réindigénisation.
Inscription ici


Du 10 au 14 juillet 2026, dans les Vosges à La Graude, Col du Bonhomme
De tout temps, les histoires racontées ont tissé les cultures humaines, transmis les savoirs, les sagesses, les philosophies, et nourri les liens au vivant, au plus qu’humain. En nous inspirant des pratiques de connexion à la nature et au vivant, des philosophies des peuples racines qui ont su préserver une histoire symbiotique, des enseignements subtils de la musique et du chant, de l’art millénaire du conte et de la façon dont il peut s’exprimer en nous, nous explorerons cette nature en nous-mêmes pour apprendre à mieux « marcher nos mots ». Et nous tisserons, ensemble, le fil de nos histoires personnelles, pour commencer de tresser le fil d’une autre histoire…
Avec Alix Badré (musique,écopsychologie), Frederika Van Ingen (sagesses d’ailleurs), Innocent Yapi (contes et tradition attié)
Toutes les infos et lien d’inscription ici


Du 24 au 30 juillet 2026, dans la Drôme à La Comtesse (École pratique de la Nature et des Savoirs)
Pour les traditions des peuples racines, la Terre nous parle. C’est elle qui porte la connaissance et le rôle de l’humain est d’apprendre à l’écouter pour savoir qui il est, où et comment agir en symbiose avec elle.
À travers des pratiques ancestrales de reconnexion en nature, de contes et histoires, rituels, peintures de sable, lecture de territoire, etc., nous explorerons les voies de la reconnexion au Vivant inspirées par les peuples racines, pour percevoir comment la Terre, le territoire, nous montrent des chemins d’harmonie.
Avec Frederika Van Ingen (sagesses d’ailleurs), Lorenza Garcia (tradition navajo), Eric Julien (tradition kogi), Innocent Yapi(contes du monde et tradition attié)
Toutes les infos et lien d’inscription ici
éd. Les Liens qui Libèrent
Ce ouvrage, met en lumière les principes essentiels inspirés des peuples racines pour reconstruire des cultures symbiotiques.
éd. J’ai Lu.
10 ans déjà ! Je mets ici à l’honneur mon premier livre sur ce thème qui m’anime, publié en 2016, écoulé depuis à près de 27 000 exemplaires.
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